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  • Claire Brull

Vieille fille, destin tragique?

Malika est heureuse. Elle s'est trouvé un mec. Il a 50 ans, il est grand, séduisant. Il correspond aux critères qu'elle recherche: un peu plus vieux qu'elle, pas con, un emploi stable. Elle est heureuse parce qu'enfin, elle peut se projeter avec quelqu'un. C'est un homme qu'elle aura plaisir à présenter aux copines. Bon il n'a pas encore quitté sa femme, mais ils sont très amoureux. La semaine prochaine, il l'emmène en vacances en Bretagne.


A mon tour de déballer mes dernières histoires. Je raconte comment, la semaine dernière, un beau gosse de 22 ans m'a fait du rentre-dedans. Comment, face à sa détermination - et à son joli minois, on ne va pas se mentir, je l'ai ramené chez moi... Non sans lui avoir demandé de produire sa carte d'identité, quand même: le détournement de mineur, ce n'est pas le genre de la maison.

Malika roule des yeux. Mon anecdote ne l'amuse pas. Combien de temps ça va durer, mes histoires? Faudra bien que ça s'arrête un jour... Parce que je ne vais pas rester séduisante ad vitam aeternam. Alors, fini les incartades avec les jeunes hommes aux muscles d'acier.

Certes, certes, je concède. Il viendra un jour où ce petit jeu ne prendra plus.


"Et tu feras quoi alors? Quand tu auras cinquante ans? Quand tu en auras soixante?"

J'avoue mon ignorance. Je n'ai aucune idée de ce que je ferai. Je n'y pense pas, à vrai dire. Peut-être que je "finirai" seule, en effet. Mais peut-être que Malika aussi.

En vérité, il n'existe aucune assurance anti-solitude. Elle peut bien faire la maligne, mon amie, avec son mec de 50 piges, mais rien ne garantit qu'elle sera encore avec lui dans 10 ans.


Quelle est la logique dans son raisonnement?

Comme moi, elle a 40 ans. Se dit-elle que que puisqu'il a dix ans de plus, il va s'estimer heureux d'avoir une compagne plus jeune, que cela le dissuadera d'aller voir ailleurs? Ou bien que dans dix ans, quand la passion se sera émoussée, il aura trop la flemme, à 60 ans, d'aller draguer une jeune? Elle se dit peut-être que ce mec, c'est un bon investissement.

Et elle a peut-être raison, au demeurant. Ces hypothèses ne sont pas complètement absurdes.

Enfin, encore faut-il qu'il quitte sa femme.


Moi je n'y peux rien, je n'arrive pas à adhérer à ce genre de raisonnement. Ce n'est pourtant pas faute d'avoir essayé! J'ai été en couple pendant 8 ans. Au début amoureuse, ensuite un peu moins, à la fin plus du tout. Mon ex était beau, intelligent, il avait un emploi stable. Et c'était aussi un rabat-joie de première. Et je suis restée, par peur d'être seule. Parce qu'autour de moi, mes amis, mes collègues chantaient les louanges de ce mec parfait qu'était mon compagnon. Aux yeux des autres, j'étais dans une relation "stable", à l'abri de la solitude. Ils pariaient tous que j'allais couler des jours paisibles avec cet homme, fonder une famille, faire mon quota de gamins.


Et puis un jour, cette vie m'est devenue insupportable. Certes, quelqu'un m'attendait le soir quand je rentrais du travail. Certes, je ne me posais jamais la question de ce que j'allais faire pour les vacances, ou pour le soir du premier de l'an. Mais le quotidien avec mon compagnon me pesait. On se disputait. J'avais l'impression de faire des efforts incommensurables pour faire tenir ce couple. Je restais, retenue par des pensées mesquines : "Tu as 35 ans,(et puis 36 , et puis 37 ...), si tu pars maintenant, ça va être coton pour trouver un mec bien. Tu vas te retrouver seule, à 40 balais." Ma tête était emplie de ces sinistres calculs.


Et un jour, bim, je suis tombée malade. Rien de grave non plus, mais tout de même. Mon corps s'est retrouvé recouvert de plaques géantes aux formes fantaisistes. Les docteurs ne comprenaient pas. Une biopsie, puis deux, puis trois... Impossible de mettre un nom sur ce "truc". Ca finirait par guérir, il ne fallait pas s'inquiéter, soyez patiente. Mais ça ne partait pas. Puis j'ai largué mon mec.


Et j'ai retrouvé une peau normale. Magique! Ce qui le fut encore plus, c'est qu'au lieu de me sentir submergée par l'angoisse de me retrouver seule l'approche de la quarantaine, je me suis sentie libérée. J'ai commencé à sortir, à rencontrer de nouvelles personnes. A vivre des petites histoires. Je ne me projetais pas, je vivais l'instant.


Au début, mes ami(e)s trouvaient normal que je m'éclate. Trois ans plus tard, certains s'inquiètent un peu. Ils m'ont surnommée Samantha Jones. Ils aimeraient que je me "calme". A mes amis, je réponds donc. J'ai été calme. J'ai vu où ça m'a menée. Maintenant je me laisse porter sans calcul. Peut-être que je m'en mordrai les doigts. mais il me semble que personne n'est à l'abri de se retrouver seul(e). On peut suivre un cahier des charges, signer des contrats, se jurer fidélité, le futur n'est pas un petit chien docile.



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